Article tiré de Mémoire vie N°78
Shimon Avny, né Sztajn, voit le jour à Paris en décembre 1932. Ses parents sont tous deux originaires de Pologne, de Kutno. Ils arrivent à Paris en 1928 pour chercher du travail. Ils sont tailleurs. Ils s’installent, rue Rampeneau à Belleville. Shimon se souvient de la machine à coudre sur la table de l’unique pièce de l’appartement. La famille vit misérablement : les toilettes sont sur le palier et on va prendre une douche une fois par semaine aux douches municipales. Son frère, Henry naît en 1938. L’école et le commissariat de police sont au bout de la rue. Quand les Juifs sont appelés à venir se faire recenser, le père de Shimon y va. Pour lui, en tant qu’étranger, il faut être « correct » et respecter les ordres. Mais Shimon se souvient d’avoir demandé à son père pourquoi il y allait. Puis étape par étape, la situation des Juifs se dégrade : rationnement, port de l’étoile jaune, dernier wagon de métro réservé aux Juifs etc…


Quand les hommes juifs sont forcés de travailler pour les Allemands, le père de Shimon est arrêté et envoyé à Pithiviers. Il se rappelle ses visites chez son père. La première fois, il avait joué avec les plus jeunes des internés dans le camp. Lors d’une autre visite, Shimon se rend compte qu’il y a beaucoup moins de jeunes, peut-être la moitié de ce qu’il y avait avant. Il demande à son père où ils sont. Il lui répond, qu’ils se sont évadés. « Mais alors, demande Shimon, pourquoi toi, tu ne t’évades pas aussi ? ». A Paris, la vie devient très difficile pour Shimon, Henry et leur mère. Mais il garde le souvenir heureux, vers l’âge de six ans, d’une maitresse d’école qui demande à ses élèves de dessiner un coq. Or, lui n’en a jamais vu. Il en dessine toutefois un avec beaucoup de couleurs, ce qui lui vaut des bons points de la part de la maitresse qui aime beaucoup.
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